lundi 7 mai 2018

Où prendre refuge ? selon Ajahn Sumedho


Luang Por Sumedho

En méditation, il est facile de voir ces états d’esprit douloureux : ne pas savoir quoi faire, être dans la confusion par rapport à la pratique, à nous-mêmes ou à la vie. Notre pratique consiste à ne pas essayer de nous débarrasser de ces états d’esprit mais simplement à prendre conscience de ce que nous ressentons : l’incertitude, l’insécurité, le chagrin, l’angoisse ; la dépression, l’inquiétude, l’anxiété, la peur, la haine de soi, la culpabilité ou le remords. On essaiera peut-être de se persuader que, si on était quelqu’un de normal et de sain, on n’aurait pas toutes ces émotions. Mais l’idée d’une personne « normale » est un mythe. Connaissez-vous des personnes vraiment normales ? Moi non.

Le Bouddha, quant à lui, préférait parler de personnes qui écoutent, qui sont attentives, éveillées et conscientes dans l’instant présent. Des personnes dont l’esprit est ouvert et réceptif, qui font confiance à l’instant présent et à elles-mêmes. Voilà comment il nous encourage. Notre attitude envers la méditation n’a pas besoin d’être un effort pour nous débarrasser de choses – de nos obstacles mentaux, nos kilesa et nos défauts – pour devenir meilleurs. Elle devrait plutôt être une ouverture, une écoute de la vie, une attention à l’ici et maintenant, et une confiance dans notre capacité à accueillir la vie comme une expérience. Nous n’avons rien à en faire. Nous ne sommes pas obligés de redresser tout ce qui ne va pas, de résoudre tous les problèmes, de tout justifier ou de tout améliorer. Après tout, il y aura toujours quelque chose qui n’ira pas quand on vit dans le monde conditionné ; il y aura des problèmes avec nous, avec les gens qui nous entourent, avec le monastère, avec le centre de retraite, avec le pays. Les circonstances ne cessent de changer ; nous ne trouverons jamais une perfection durable. Il y aura peut-être des moments parfaits où tout sera merveilleux et juste comme nous le souhaitons, mais les circonstances de ce moment-là ne pourront pas être maintenues. Nous ne pouvons pas rester en apnée après l’inspiration ; il faut finir par expirer.


Il en va de même pour toutes les bonnes choses de la vie : les bons moments, les relations amoureuses, le succès, la chance. Certes, ces choses-là sont agréables et il ne s’agit pas de les mépriser mais nous ne pouvons pas investir notre confiance dans des choses qui sont constamment en train de changer. Une fois qu’elles atteignent leur sommet, elles ne peuvent qu’aller dans la direction opposée. On nous demande donc de ne pas prendre refuge dans la fortune, dans les gens, dans un pays ou dans un système politique, dans les relations, les belles maisons ou les bons centres de méditation. On nous demande plutôt de prendre refuge dans notre capacité à nous éveiller, à faire attention à la vie quelles que soient les conditions qui se présentent dans l’instant. Le simple fait d’être prêt à voir les choses telles qu’elles sont – comme des circonstances changeantes – nous libère du puissant piège de l’attachement et de la lutte contre les émotions ou les pensées qui apparaissent.


Ajahn Sumedho, La conscience intuitive, p. 167-169

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