mardi 10 avril 2018

Les attitudes sublimes, Thanissaro Bhikkhu



Nous commençons avec la bienveillance, non pas parce que c’est la qualité la moins élevée, mais parce que c’est la plus essentielle, la plus fondamentale. A partir d’elle, vous pouvez développer les autres : la compassion, l’appréciation ou la joie empathique, et finalement l’équanimité. Un esprit équilibré est un esprit qui sait quand il faut insister sur l’une de ces quatre qualités. Il ne s’agit pas d’abandonner la première pour passer à la deuxième ou à la quatrième. Vous devez essayer de conserver les quatre sous la main afin de pouvoir utiliser celle qui est pertinente dans la situation qui se présente à vous.

La bienveillance est à la base de tout. En fait, vous pouvez dire qu’elle est à la base de l’ensemble de la pratique. Si nous n’avions pas de bienveillance envers nous-mêmes et les gens autour de nous, les Quatre Nobles Vérités n’auraient aucun sens en tant qu’enseignement important. C’est parce que nous voulons voir la souffrance cesser, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les gens autour de nous, que nous voulons suivre la voie qui mène au terme de la souffrance. Nous avons envie de découvrir ce qu’est la souffrance, comment nous pouvons abandonner ses causes et aider à réaliser sa cessation.

Donc, tout commence avec la bienveillance. Pensez-y : pourquoi voudriez-vous que quelqu’un d’autre souffre ? Vous pouvez penser aux choses mauvaises ou cruelles qu’ils ont faites dans le passé, mais même dans ce cas, pourquoi voudriez-vous qu’ils souffrent ? Pour qu’ils en tirent une leçon ? Eh bien, ils vont apprendre la leçon parce que le principe du kamma va s’en charger – c’est la raison pour laquelle il y a l’enseignement sur l’équanimité – donc, vous n’avez pas besoin de vous prendre pour le glaive vengeur du Seigneur, pour vous
assurer que chacun reçoit la punition qu’il mérite.

Votre seul travail consiste à vous assurer que votre bienveillance ne comporte pas de limites. Quand des gens ont fait des choses horribles, vous n’êtes pas obligé d’approuver leur comportement. Ce n’est pas ce que signifie la bienveillance. La bienveillance signifie que vous ne souhaitez de mal à personne. Si quelqu’un fait des choses horribles, vous avez tout à fait le droit de l’arrêter si vous le pouvez. Après tout, en faisant des choses horribles, il crée du mauvais kamma, plus de souffrance pour lui-même. Assurez-vous simplement que vous ne lui faites pas de mal en essayant de l’arrêter.

Donc, essayez de rendre votre bienveillance illimitée, ou ainsi que le disent les textes, incommensurable. Prenez cela comme un défi. Quand vous répandez des pensées de bienveillance, essayez de voir où se trouvent vos limites. Ne faites pas seulement semblant de ressentir une bienveillance incommensurable. Au début, la bienveillance de chacun d’entre nous a des limites. Quelles sont les limites de la vôtre ? Après avoir répandu des pensées de bienveillance en direction des personnes pour lesquelles vous en éprouvez déjà – vos amis, votre famille –, commencez à en répandre en direction des personnes pour lesquelles vous n’en éprouvez pas spontanément. Votre cœur rechigne-t-il quand vous essayez de répandre la bienveillance en direction des gens que vous n’aimez pas ? Arrêtez-vous et demandez-lui pourquoi. Que gagneriez-vous à les voir souffrir ? Regardez cette petite voix à l’intérieur de vous qui est contrariée par leur bonheur. Est-ce une voix à laquelle vous voulez vous identifier ? Pouvez-vous abandonner cette attitude ?

C’est là où la pratique du développement de la bienveillance a vraiment un effet sur l’esprit : quand elle vous force à remettre en cause tout ce qui est petit ou étroit dans votre cœur. Si vous pensez à la bienveillance comme à un gros nuage rose de barbe à papa qui recouvre le monde dans toutes les directions, ce que vous faites alors en réalité, c’est masquer votre véritable attitude, ce qui est absolument inutile pour obtenir la vision pénétrante dans l’esprit. La bienveillance doit être comprise comme un défi, comme une manière de rechercher et d’assumer vos attitudes mesquines une à une, afin de pouvoir les examiner, les déraciner et les relâcher vraiment. C’est seulement quand vous travaillez sur des détails comme ceux-là que la bienveillance devient de plus en plus illimitée.

C’est alors que votre compassion peut également devenir illimitée. Si vous éprouvez de la bienveillance pour les autres, alors, quand ils souffrent des effets négatifs de leur mauvais kamma, vous ne pouvez pas vous empêcher d’éprouver de la compassion pour eux. Vous voulez que non seulement ils cessent d’éprouver toute forme de douleur et de souffrance, quelle qu’elle soit, à ce moment-là, mais vous voulez aussi qu’ils arrêtent de faire tout ce qui est susceptible de continuer à les faire souffrir. C’est une partie importante de la compassion. Ce n’est pas simplement un élément de sentimentalité dans votre cœur vis-à-vis des gens qui souffrent. Cela signifie aussi, pour commencer, essayer de trouver un moyen de les aider à arrêter de faire des choses qui les font souffrir.

Quand vous pouvez les aider, vous appréciez leur bonheur. Vous éprouvez de la sympathie pour le bonheur qu’ils rencontrent. Même dans les cas où les gens font l’expérience d’un bonheur qui n’a rien du tout à voir avec vous, vous appréciez le fait qu’ils font l’expérience du résultat de leurs bonnes actions passées ou de leurs bonnes actions présentes. Vous n’êtes pas contrarié pas leur bonheur. Même si vous êtes en concurrence avec eux et qu’ils terminent premiers et que vous terminez second, et que vous estimez que vous méritiez vraiment d’être premier. C’est dans un cas comme celui-ci que vous devez pratiquer la joie empathique. Les choses ont un cadre de référence plus vaste que celui dont vous êtes probablement conscient.

Remarquez que dans tous ces cas, il arrive un moment où vous devez accepter les choses telles qu’elles sont. Il y a des cas où vous voulez aider quelqu’un et où vous ne le pouvez pas, ou bien des cas où vous préféreriez pouvoir profiter du bonheur que quelqu’un d’autre éprouve. C’est là où vous devez développer l’équanimité.

Extrait du discours Les attitudes sublimes dans Enseignements I


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